Personnalités

Annemarie Schwarzenbach

Annemarie Schwarzenbach, petite fille du général Ulrich Wille, avait un « beau visage d’ange inconsolable », écrivait Roger Martin du Gard. Elle brûla sa vie et les moeurs de son époque. Ecrivain, reporter, aventurière, elle a bourlingué partout, à l’instar de Blaise Cendrars et d’Ella Maillart,. Voici sa biographie rapidement dressée lors de l’inauguration du train « Annemarie Schwarzenbach » par le conseiller d’Etat Laurent Moutinot, à Genève.Elle conduisait vite, buvait trop d’alcool et consommait de la morphine. Annemarie Schwarzenbach était une provocation vivante dans la Suisse des années trente. Elle s’habillait comme un homme, se coiffait à la Jeanne d’Arc et aimait les femmes. Elle appartenait à une famille de gros industriels. Sa mère, une Wille-Bismarck, était fille de général. II a fallu attendre ces quinze dernières années pour que la littérature découvre Annemarie Schwarzenbach, infatigable voyageuse et femme de lettres.
Résistance et acquiescement – cette double empreinte a marqué l’existence d’Annemarie Schwarzenbach, dont l’oeuvre est aussi complexe que la personnalité. Elle frappe, dans la littérature suisse d’alors, par la précision moderne de la langue et par l’ouverture au monde des thèmes abordés, reflets de l’époque troublée. Des reportages (avec photos) socialement critiques et des récits de voyage restituant des atmosphères du monde entier témoignent de l’envergure et de la richesse intellectuelles de leur auteur. Les doutes personnels et la recherche qui plonge jusqu’au plus profond de soi s’expriment dans les personnages de ces textes: habités par l’inquiétude et le questionnement, souvent nomades, cherchant l’amour pour aboutir à l’échec, et finalement seuls.

Dans la Nouvelle lyrique (1933, trad. 1991), narration précoce, quoique masquée, de l’amour lesbien, la langue simple, fluide et paisible contraste avec la nervosité de l’amour malheureux. Les récits réunis sous le titre Orient exils (édition posthume 1989, trad. 1994) décrivent avec concision et mélancolie les difficultés des Européens en Orient. Dans La Vallée heureuse (1940, trad. 1991), les grands espaces et le dépaysement de la Perse, source d’angoisse, symbolisent le désarroi existentiel de l’homme.

L’inquiétude et le doute contenus dans cette oeuvre trouvent leurs racines dans l’histoire d’une vie. Née le 23 mai 1908 à Zurich, Annemarie Schwarzenbach grandit dans un milieu à la fois militaire et cultivé, sur le domaine du Bocken près de Horgen. Elle est très attachée à sa mère, qui exerce une domination masculine sur la maisonnée et, dans beaucoup de domaines, élève sa fille comme un garçon. Celle-ci a des précepteurs, prend des cours de piano et d’équitation. Elle obtient un doctorat d’histoire à 23 ans.

A partir de 1930, elle se lie d’une amitié forte avec Klaus et Erika Mann. En 1931, elle publie son premier livre. Jusqu’en 1933, elle fait des séjours à Berlin; elle goûte pour la première fois à la morphine. Avec Klaus Mann, qu’elle aide aussi financièrement, elle fonde en 1933 un journal de l’exil, Die Sammlung. Elle se met à travailler, entre 1933 et 1935, comme journaliste et photographe pendant ses voyages en Espagne (avec la photographe Marianne Breslauer) et en Asie du Sud-Ouest. Les vives tensions entre Annemarie Schwarzenbach et sa famille conduisent la jeune femme à une tentative de suicide en 1935. Elle est brièvement mariée, à Téhéran, avec le diplomate français Claude Clarac.

De 1936 à 1938, elle parcourt les Etats-Unis, l’Allemagne, les pays baltes, l’Union soviétique, la Suède, l’Autriche et la Tchécoslovaquie pour y faire des reportages avec photos. Le 6 juin 1939, elle part en voiture avec l’écrivain suisse Ella Maillart jusqu’en Afghanistan, où la déclaration de guerre les surprend. En janvier 1940, Annemarie Schwarzenbach revient en Europe. Elle fait un séjour en 1940-1941 aux Etats-Unis, où elle se lie d’amitié avec l’écrivain américaine Carson McCullers et, après avoir craqué nerveusement, elle fréquente plusieurs cliniques psychiatriques.

De retour en Suisse au début de 1941, elle repart au Congo belge, d’où elle revient en été 1942 en passant par le Portugal, l’Espagne et le Maroc. Le 15 novembre 1942, Annemarie Scharzenbach meurt des suites d’un accident de vélo, à Sils en Engadine.

Son oeuvre:

« Nouvelle lyrique », traduit par Emmanuelle Cotté,Editions Verdier 1994″Loin de New York », Reportage et photographies (1936-1938), traduit et présenté par Dominique Miermont, Payot, 2000″La Mort en Perse », traduit par Dominique Miermont, Payot, 1998″Orient exils », traduit par Dominique Miermont, Autrement, 1994 (épuisé); Payot, 2000″La Vallée heureuse », traduit par Yvette Z’Graggen, avec une biographie de l’auteur par Charles Linsmayer, Éditions de l’Aire/Éditions du Griot, 1991 (épuisé)

Sources du texte:

Feuille d’avis officiel de l’Etat de Genève: http://www.geneve.ch/fao/2001/20010523.asp

Liens intéressants:

http://jm.saliege.com/Annemarie.htm. Le site regorge d’informations sur Annemarie Schwarzenbach, sa vie et son oeuvre.
http://www.ellamaillart.ch/. Le site sur cette autre fameuse bourlingueuse suisse, dont les récits et les photographies ont fait aussi le tour du monde.

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2 réflexions sur “Annemarie Schwarzenbach

  1. Je ne sais plus comment je suis arrivée ici mais bon… je suis ravie de la découverte et de l’envie reçue de lire cette aventurière !

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